MINISTÈRE DE LA JUSTICE,GARDE DES SCEAUX ET CHARGÉ DES DROITS DE L'HOMME

Sceau de Republique Gabonaise

INTERVIEW

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Mme Erlyne Antonela Ndembet-Damas : « Par la remise de ce rapport, le Gabon prouve encore une fois, sa volonté de continuer à œuvrer pour la promotion des droits de la femme et la réduction des inégalités entre les hommes et les femmes ».


Une semaine après la remise du rapport de la stratégie de la promotion des droits de la femme et de la réduction des inégalités entre les hommes et les femmes au Président de la République, Ali Bongo Ondimba par la Première Dame. Le Ministre de la Justice, Garde des Sceaux, chargé des Droits de l’Homme, Erlyne Antonela Ndembet-Damas, revient, dans cette interview exclusive, sur les discriminations dont les femmes sont encore victimes au Gabon, l’harmonisation des textes nationaux avec les instruments juridiques ratifiés par le Gabon, le conflit entre la coutume et la loi moderne, le rôle que joue concrètement son département dans la matérialisation de la stratégie, etc…

Madame le Ministre, « égalité de droit ou de fait ». Que doit-on comprendre en français facile ?

Comme vous le savez, la Constitution de notre pays proclame l’égalité de tous les citoyens quel que soit la race, la religion, l’ethnie et le sexe. Cependant, bien que proclamé en droit, cette égalité ne se traduit pas toujours dans la réalité quotidienne. C’est pourquoi, il est nécessaire de concilier cette égalité de droit avec une égalité de fait.

Peut-on faire une évaluation quant à l’égalité des sexes au Gabon ?

Notre pays tient une bonne place parmi les nations qui se préoccupent et veillent à l’égalité des genres. Par la remise de ce rapport, le Gabon prouve encore une fois, sa volonté de continuer à œuvrer pour cette égalité. S’il fallait faire une évaluation, nous ne pourrons que nous féliciter, de ce que nos lois permettent la mixité et l’accès à tout pour tous. Maintenant, l’adoption de cette stratégie est une nouvelle étape, importante, pour aller plus loin.

 Les femmes sont-elles encore victimes des discriminations juridiques ou sociales au Gabon ?

Effectivement, il existe encore des discriminations dont sont victimes les femmes, tant au plan juridique que social. Au plan juridique, certaines lois sont encore parfois trop favorables aux hommes, et créent une certaine inégalité au détriment des femmes. Ce sont ces dispositions qui ont été identifiées et répertoriées dans la stratégie, et qui ont fait l’objet de propositions de modifications. Au plan social, certaines femmes sont encore victimes d’un certain nombre de pratiques abusivement considérées comme traditionnelles, mais qui sont en réalité, le résultat d’une interprétation hors contexte et volontairement erronées de nos pratiques coutumières.

 Peut-on affirmer que le cadre juridique et institutionnel de la femme a évolué au Gabon?

 Assurément. L’adoption des instruments juridiques prévue dans cette stratégie, permettra de faire évoluer nos lois en ce qui concerne les droits reconnus aux femmes. Les dispositions et les propositions contenues dans la stratégie, favoriseront indiscutablement l’autonomisation, l’émancipation et le respect des femmes dans notre société.

 La politique visant à promouvoir la femme aux différentes échelles de responsabilité suffit-elle pour asseoir sa notoriété?

La politique de promotion de la femme à des postes de responsabilités participe effectivement à asseoir le regard de la société sur ses compétences et ses capacités.Elle crée une émulation certaine ; porteuse de perspectives d’avenir pour les femmes. Cette politique s’inscrit dans une démarche globale au côté d’autres mécanismes telle que la stratégie que nous venons de présenter.

Et si vous nous parliez de l’harmonisation des textes nationaux avec les instruments juridiques ratifiés par le Gabon ?

Le droit international comme les droits internes des Etats est évolutif ; et la mise à jour des instruments juridiques doit être continuelle. Le Gouvernement Gabonais conscient de cette nécessité, s’emploie à mettre en conformité nos textes nationaux, avec les exigences contenues dans les instruments juridiques internationaux, auxquels notre pays est partie. Plutôt que de dire que beaucoup reste à faire, nous disons que beaucoup a été fait et beaucoup va être fait, notamment avec cette stratégie qui vient nous aider à nous arrimer aux normes internationales.

La résolution du conflit entre la coutume et la loi moderne aiderait aussi à promouvoir à plusieurs niveaux la femme gabonaise. Qu’en pensez-vous?

Il n’y a pas de conflit ou d’opposition entre la coutume et ce qui est nommé loi moderne. Il y a juste une dynamique d’adaptation dans le temps. Ainsi telle coutume qui pourrait paraitre opportune à un moment donné, peut se révéler par la suite obsolète, et dans l’obligation d’évoluer, de muter, ou encore dans la nécessité de s’adapter aux mœurs de l’époque. Ainsi nos coutumes et nos lois sont interdépendantes, puisque découlant les unes des autres. Il n’est donc pas nécessaire de les opposer. Il faut plutôt les harmoniser pour parvenir à des règles sociales traduisant notre identité. La promotion de la femme gabonaise passe aussi par la cohésion et l’évolution de nos coutumes et de nos lois.

Quel rôle joue concrètement le Ministère de la Justice, Garde des Sceaux, Chargé des droits de l’homme dans la matérialisation de la stratégie de la promotion des droits de la femme et de la réduction des inégalités entre les hommes et les femmes?

Afin de mieux illustrer notre rôle, on peut dire que le Ministère de Justice, Garde Sceaux et Chargé des Droits de l’Homme, est le maître d’œuvre, (une des chevilles ouvrières) de ce projet. Pour reprendre une expression populaire de nos compatriotes, nous sommes à la partie technique du projet. À la suite des études, des constats et des décisions entérinées, il appartient au MJGS de traduire tout cela en loi, et, ensuite, de veiller à la stricte application de celles-ci.

Que symbolise pour vous la remise du rapport de la stratégie de la promotion des droits de la femme et de la réduction des inégalités entre les hommes et les femmes ?

 

Le rapport de la stratégie de réduction des inégalités entre les hommes et les femmes représente pour toutes les femmes un progrès considérable, car elles devraient pouvoir se retrouver dans les décisions qui ont été entérinées, et qui participent à leurs évolutions dans la société. En adoptant les instruments juridiques prévus dans cette stratégie, le Parlement ne marquera pas qu’une avancée pour les femmes, mais pour toute notre société.

Publié le : 13 / 10 / 2020


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